Delkian se sentait vieux.
Au plus profond de la nuit, les armes étalées devant ses pupilles noires, le guerrier contemplait la danse du feu qu'il avait allumé plus tôt. La forêt projetait des ombres menaçantes autour de lui et les montagnes laissaient résonner des bruits inquiétants sur leurs parois gigantesques, mais l'homme ne prêtait attention ni à l'un, ni à l'autre.
Le vieux guerrier approchait des quarante-cinq ans plus vite qu'il ne l'aurait voulu. Malgré sa vie au grand air, il sentait ses muscles noueux s'épuiser; les rides se formaient autour de sa bouche et de ses yeux, ses articulations étaient douloureuses lorsque la température chutait, il ne pouvait plus courir bien longtemps sans interruption... Où était donc passé le temps des grands combats épiques, des duels dans les arènes, des quêtes légendaires ? Où étaient passées les pierres grises et froides des forteresses imprenables, les affrontements avec les Géants dans les montagnes, les embuscades de Gobelins ?
Après près de trente ans de combats, Delkian se sentait vieux et fatigué. Un hurlement de loup retentit non loin de lui, projetant un écho dans l'air nocturne. Le guerrier haussa un sourcil mais resta immobile. Un sourire triste se dessina sur son visage mélancolique. Ainsi, il n'était pas seul. Peut-être même mourrait-il ce soir. Delkian s'en voulut d'en avoir trop appris pendant ses années de service dans l'armée; il avait beau cherché la mort, les réflexes acquis durant sa jeunesse le sauvaient toujours.
Le vieux guerrier ferma les yeux et se concentra sur les sons qui l'entouraient. Le hurlement d'un loup n'a pas d'écho. Il y avait donc plusieurs pillards dans les parages. Des brigands dans SA forêt.
Delkian se leva doucement, saisit ses armes et les rangea dans leurs fourreaux. Son épée longue dans le dos, entre les omoplates, ses deux poignards et son arbalète à deux coups à la ceinture, ses couteaux de jets dans les bottes. Le vieux guerrier se savait observé, aussi décida-t-il d'attendre. La clairière était à présent très probablement cernée de toutes parts et, si un archer avait été parmi ses ennemis, il aurait déjà tiré. Autant laisser l'ennemi faire le premier pas.
Neuf silhouettes sortirent des ombres. Elles portaient leurs armes bien en évidence. Des épéistes. A la façon dont ces quelques hommes se déplaçaient, il était clair qu'ils savaient se battre. Aucune issue ne se présentait à Delkian; ces pillards avaient bien fait leur travail.
- Il n'est pas prudent pour un voyageur de camper dans cette forêt, ricana le plus grand des neuf hommes. Des brigands rôdent parfois. Peut-être aimerais-tu une escorte pour t'amener à destination? Nous prenons toutes les formes d'or...
- J'ai pour habitude de marcher seul, répondit froidement Delkian.
- Mes amis et moi-mêmes avons pour habitude de ne pas nous déplacer inutilement. Je crains fort que vous soyez contraints de nous payer pour... le service que nous aurions pu vous rendre...
Delkian perçut un mouvement derrière lui. Son visage se ferma et ses yeux se plissèrent. D'un geste fluide, il se baissa et pivota sur ses talons. Une lame fendit l'air au-dessus de sa tête et il dégaina ses deux poignards, éviscérant son ennemi d'un revers de lame. Il para l'instant qui suivit un coup de taille qui aurait pu le décapiter et recula d'un pas pour esquiver une attaque montante. En un battement de cil, il se déporta sur la droite, se dégageant ainsi de l'attaque de son ennemi, et planta trente centimètres d'acier dans la gorge du brigand. Celui-ci s'affala alors que ses poumons se remplissaient de sang.
Delkian fit volte-face, abandonnant son poignard dans la chair de son ennemi. Un homme se rua sur lui. Le vieux guerrier passa sa main dans son dos, décrocha son arbalète et tira à bout portant. Le troisième homme fut projeté en arrière par la puissance du carreau qui venait de le frapper en pleine poitrine.
Le sang inondait la clairière, mais les six derniers guerriers n'avaient pas fait un geste pour aider leurs "amis".
- Ils ont attaqué sans ordre, tempéra le plus grand. Mais nous sommes encore six. Voyons,...
- ça suffit, intima Delkian.
Le vieux guerrier leva son arbalète et pressa la gâchette. Le carreau décrivit une ligne droite et transperça la gorge de l'homme; sa tête bascula violemment en arrière et le corps du brigand fut catapulté en arrière.
Delkian se détendit.
- Rentrez chez vous et réchauffez vos femmes, conseilla-t-il aux cinq derniers hommes. Vous n'avez rien à faire ici.
Le guerrier récupéra son poignard, essuya l'acier dans l'herbe, éteignit le feu et se laissa avaler par l'obscurité.
Les cinq pillards ne firent rien pour l'en empêcher. A l'aube, ils avaient rejoints leurs maisons. Deux jours plus tard, la nouvelle de la mort de quatre villageois s'était répandue dans toute la région. Les cinq survivants avaient laissé se propager un vent de vengeance, brodant leur propre histoire afin d'attiser la colère du peuple. On attribua à ce mystérieux homme vivant au milieu des forêts la disparition d'autres villageois, la mort d'animaux domestiques, l'arrivée d'intempéries ou la mauvaise saison des récoltes qui s'annonçait.
Une semaine passa. Le seigneur régent lança une forte prime à quiconque lui amnènerait la tête de cet homme vêtu de noir. Les meilleurs pisteurs et chasseurs de primes de pays y participèrent.
Ils allaient tuer le Démon des Ombres.
Voilà, c'était le retour de Benoit orks après de longs mois d'absence. J'espère que ça vous a plus, hésitez pas à critiquer, même si je réponds pas je les lis toujours avec objectivité (enfin, j'essaie, en tous cas). vous aurez la suite... ben quand j'aurai le temps.
